L’Europe et les femmes
Chers amis,
Celles et ceux qui affirment que la cause des femmes n’avance pas en Europe se trompent.
La preuve ? L’Union européenne compte maintenant une femme Présidente de la République (Grèce), une femme Chancelière (Allemagne), une femme Présidente de la Commission européenne, une femme Présidente de la Banque centrale européenne, trois femmes Premiers Ministres (Danemark, Lituanie et Finlande), au moins une demi-douzaine de femmes Vice Premiers ministres (Espagne, Slovénie, Slovaquie, Pays-Bas etc.), plusieurs femmes Ministre de l’Intérieur ou Ministre de la Défense. J’arrête là l’énumération mais je pourrais la poursuivre sur plusieurs lignes encore.
Dire aujourd’hui que les femmes n’ont pas le pouvoir dans l’Union européenne est donc une grave erreur. La vraie question est : pour quoi faire ? Car, si c’est juste pour agir comme les hommes, à quoi bon élire une femme ?
Les premiers pas de la Commission Von der Leyen à ce sujet vont dans le bon sens. Pour la première fois on y trouve autant de femmes que d’hommes. Il y a même un Commissaire spécifiquement en charge de la question. « L’égalité Hommes/Femmes a maintenant un visage » a dit joliment Karen Vandekerckove, cheffe d’unité « égalité des genres » à la Commission européenne lors du webinaire organisé ce 8 mars par la Fondation Robert Schuman. L’an dernier la Commission a lancé une stratégie contraignante en faveur de l’égalité Hommes/Femmes. Elle a déjà débouché sur la proposition d’une directive sur la transparence des rémunérations dans les entreprises.
Les progrès sont gigantesques mais les inégalités restent encore trop importantes. Tout le monde les connait, et tout le monde sait ce qu’il faut faire pour les résorber. Il suffit juste que les états-membres en aient la volonté.
Cependant on assiste pour la première fois à des reculs de la condition féminine en Europe, pourtant considérée comme un continent modèle.
Beaucoup de forces sont à l’œuvre pour tenter de freiner ou même de supprimer les avancées réalisées depuis vingt ans. Elles viennent souvent d’extrémistes religieux - je pense aux islamistes qui agissent dans les pays situés à l’ouest de l’Union européenne et aux sectes chrétiennes américaines qui agissent dans l’ombre dans les nouveaux états-membres de l’est-. Les gouvernements populistes sont sur les mêmes trajectoires de régression pour les Européennes, obsédés qu’ils sont par « le grand remplacement » et la chute de la natalité dans leurs pays.
Il y a enfin ce dont quasiment personne ne parlait jusqu’à présent (sauf le 8 mars) et que la pandémie a mis en exergue. Les violences faites aux corps des femmes. A l’invitation d’Hubert Porte, nouvel adhérent de Citoyennes pour l’Europe, j’ai assisté à la présentation d’un rapport (*) sur « The pandemic shadow » lors d’un webinaire organisé par trois clubs Rotary à Paris, Berlin et Milan. Marianna Montes, sous la direction d’Antoine Bernard (PSIA-Sciences Po), décrit l’explosion des appels au secours de femmes battues à Milan, Bruxelles, Berlin et Paris. Elle constate que les féminicides ont diminué durant le premier confinement car les séparations en sont souvent la
première des causes mais que les violences sexuelles ont fortement augmenté. Et elle dénonce le fait que, dans la précipitation du premier confinement, les gouvernements ont oublié les besoins spécifiques des femmes en matière de santé et ont fermé les centres gynécologiques.
Mesdames, Messieurs, Nous avons encore du pain sur la planche !
Véronique Auger